
Le numérique ne fait pas tout, loin de là ! Proposer une simple solution logicielle n’est pas une baguette magique. Sans un réajustement profond des comportements et des façons de faire, il ne faut pas espérer de miracles. Chez Coca-Cola Entreprise, les utilisateurs de la récente Base de Données Économiques et Sociales (BDES), pourtant censée fluidifier le dialogue social, le constatent amèrement. Force Ouvrière tire la sonnette d’alarme.
La BDES : Un Outil Essentiel pour les Droits des Salariés… en Théorie
Depuis juin 2014, en vertu de la loi sur la sécurisation de l’emploi du 14 juin 2013, les entreprises de plus de 300 salariés ont l’obligation de mettre à disposition des partenaires sociaux une Base de Données Économiques et Sociales (BDES). Ce dossier a pour vocation de centraliser l’ensemble des informations récurrentes transmises au Comité d’Entreprise (CE).
L’objectif clair de cette mesure est de :
- Fournir un support de préparation solide aux consultations du CE par la direction.
- Accroître significativement le rôle des représentants des salariés dans les réflexions stratégiques de l’entreprise.
- Permettre une meilleure compréhension des décisions pouvant avoir des conséquences sur l’emploi et les conditions de travail.
En somme, la BDES est un pilier pour un dialogue social de qualité et transparent.
Coca-Cola Entreprise : Quand le Numérique Crée l’Impasse
Chez Coca-Cola Entreprise, la direction des ressources humaines a fait le choix d’une BDES entièrement numérique, accessible via un portail web sécurisé par login/mot de passe pour les élus du personnel. Si la digitalisation peut sembler moderne, la réalité sur le terrain est tout autre.
« Cette base est ni plus ni moins que ce que veut en faire l’entreprise. Nous avions espéré que sa mise en place ouvrirait un champ de discussion en vue de disposer des documents nous permettant d’avoir un dialogue social de qualité. Hélas il n’en est rien… »
Malgré nos tentatives de dialogue, la direction de Coca-Cola Entreprise a reporté à plusieurs reprises un entretien téléphonique sur ce sujet, jusqu’à ne plus donner suite. Un silence qui en dit long sur la volonté de construire un véritable échange.
Le Piège de l’Information Brute : Transparence ou Opacité Déguisée ?
Les syndicalistes de Force Ouvrière chez Coca-Cola Entreprise expriment une crainte majeure : celle de ne pas être suffisamment armés pour déchiffrer cette masse colossale d’informations. La simple mise à disposition de documents ne garantit en rien leur compréhension.
« Il faudrait accompagner les documents d’un glossaire qui définirait tous les calculs de la direction. »
Nous le martelons : transparence ne veut pas dire partage ! Sans un accompagnement pédagogique, sans explications claires et unifiées, l’information reste inexploitable et le dialogue social est entravé.
Le Spectre du « Tracking » : Une Menace pour la Confiance Syndicale
Un autre point d’inquiétude majeur concerne les risques de tracking des activités syndicales. Le logiciel en ligne utilisé pour la BDES mémorise par quel utilisateur et à quelle heure a été consulté chaque document. Une fonctionnalité qui, sans encadrement clair, peut instiller la méfiance.
« Une discussion avec la direction aurait pu permettre de clarifier ce point sans altérer la confiance de certains élus quant à cette plate-forme. »
En pleine négociation d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), la confiance est un enjeu capital. Force Ouvrière exige que les outils numériques soient au service du dialogue social et des droits des salariés, non d’une surveillance potentielle. Il est impératif de rétablir un climat de confiance et de garantir que la BDES soit un réel instrument de démocratie sociale, et non un simple gadget technologique dépourvu de sens.



