Adoptée le 13 octobre 1906 · IXe congrès CGT

La Charte d'Amiens :
la liberté syndicale en héritage.

En une seule résolution, les délégués ouvriers d'Amiens ont posé les fondations d'un syndicalisme libre, unitaire et ambitieux. Plus d'un siècle plus tard, Force Ouvrière en porte toujours la flamme.

1906 Adoption à Amiens
830 Voix pour, 8 contre
1948 Reprise par CGT-FO
Histoire & Contexte

Comment une résolution est devenue une référence mondiale

La Charte d'Amiens ne surgit pas du néant. Elle est le fruit d'une décennie de tensions au sein du mouvement ouvrier français — entre ceux qui voulaient subordonner le syndicat à un parti, et ceux qui refusaient toute tutelle.

1895
Congrès de Limoges

Les fédérations ouvrières s'unissent et fondent la CGT. C'est la première confédération interprofessionnelle française. Mais les questions de l'indépendance et des rapports avec le politique restent entières.

1905
Unification socialiste (SFIO)

Les partis socialistes fusionnent en SFIO. La tentation de placer le syndicat sous tutelle politique s'intensifie. Le débat est vif au sein de la CGT.

13 oct. 1906
Vote à Amiens

Le IXe congrès de la CGT adopte la résolution à 830 voix pour, 8 contre, 1 abstention. Une majorité écrasante qui donne à la Charte une légitimité historique immédiate.

1921–1936
Les tensions persistent

La Charte est régulièrement invoquée pour défendre l'unité syndicale face aux tentatives d'instrumentalisation politique. Léon Jouhaux en est le principal gardien au sein de la CGT.

19 déc. 1947
La rupture fondatrice

Jouhaux, Bothereau et d'autres militants minoritaires quittent la direction de la CGT dominée par les communistes. Ils fondent une organisation fidèle à la Charte d'Amiens.

12–13 avril 1948
Naissance de CGT-FO

Le congrès fondateur de CGT-FO adopte la Charte d'Amiens comme pierre angulaire de la nouvelle organisation. Léon Jouhaux en est élu président. La filiation est explicite et revendiquée.

Archive Historique

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Document Authentique

La Charte d'Amiens — CGT, 1906

Reproduit intégralement, tel qu'adopté par le IXe congrès confédéral. Chaque paragraphe clé est suivi d'une note d'éclairage pour en comprendre la portée au sein de Force Ouvrière aujourd'hui.

Texte Officiel · IXe Congrès Confédéral

Résolution adoptée à Amiens

Date : 13 octobre 1906 Lieu : Amiens, France Vote : 830 pour, 8 contre, 1 abstention

« Le Congrès confédéral d'Amiens confirme l'article 2 constitutif de la CGT.

La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.

Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d'exploitation et d'oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.

Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique.

Dans l'œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l'accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d'améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l'augmentation des salaires, etc.

Mais cette besogne n'est qu'un côté de l'œuvre du syndicalisme : il prépare l'émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d'action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd'hui groupement de résistance, sera, dans l'avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.

Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat.

Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l'entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu'il professe au dehors.

En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu'afin que le syndicalisme atteigne son maximum d'effet, l'action économique doit s'exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n'ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale. »

Éclairages — la résonance contemporaine des principes pour Force Ouvrière

§ 1 — Unité du salariat

Le syndicat n'est pas un club d'affinités politiques. Il accueille chaque travailleur sans distinction, assurant une légitimité de représentation intégrale face à l'employeur.

§ 2 — La double besogne

Combiner l'amélioration immédiate des conditions de travail et l'ambition supérieure d'émancipation sociale. FO qualifie cette approche de réformisme militant et exigeant.

§ 3 — Liberté & Réciprocité

La liberté individuelle d'opinion est garantie au dehors, mais le respect collectif interdit d'importer des querelles partisanes à l'intérieur de la structure syndicale.

§ 4 — Action directe et autonome

L'indépendance de décision absolue vis-à-vis de tout gouvernement ou parti politique. Un principe jalousement gardé qui a motivé la fondation autonome de la CGT-FO.

L'ADN Force Ouvrière

Ce que la Charte d'Amiens a forgé dans nos combats

La Charte n'est pas un parchemin inerte. Elle irrigue directement l'engagement quotidien de Force Ouvrière dans chaque négociation d'accord, chaque défense de salarié et chaque élection professionnelle.

Indépendance syndicale

Le syndicat détermine son action de façon souveraine, guidé par le seul mandat de ses adhérents, à l'abri de toute ingérence étatique, patronale ou religieuse.

↳ Héritage direct du § 4 de la Charte

Liberté & Laïcité

La stricte neutralité de l'organisation garantit la coexistence harmonieuse de toutes les convictions individuelles dans le respect absolu de la liberté de conscience.

↳ Fondé sur la règle de réciprocité

Unité du salariat

Rassembler les salariés par-delà les clivages d'opinion pour forger un front de négociation solide et solidaire face aux directions d'entreprise.

↳ « En dehors de toute école politique »

Réformisme revendicatif

Pratiquer un dialogue social opiniâtre pour arracher des droits tangibles au quotidien, sans jamais renoncer à l'idéal historique de justice sociale intégrale.

↳ La « double besogne » accomplie

Démocratie interne

Chaque orientation est débattue et votée démocratiquement par les instances de base. Les mandataires rendent compte de leur gestion devant les assemblées syndicales.

↳ Tradition souveraine des congrès

Progrès & Justice sociale

Défense acharnée du pouvoir d'achat, des retraites solidaires, de la protection sociale paritaire et de l'égalité professionnelle effective.

↳ « L'accroissement du mieux-être »
La boussole syndicale
« Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d'avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions... un devoir d'appartenir au groupement essentiel qu'est le syndicat. »
— Charte d'Amiens, adoptée le 13 octobre 1906 · Socle fondateur de la confédération Force Ouvrière
Figures Historiques

Ceux qui ont porté la Charte jusqu'à nous

L'esprit d'Amiens a traversé les tempêtes du vingtième siècle grâce à des personnalités visionnaires qui ont fait le choix courageux de l'indépendance et de l'intégrité syndicale.

Léon Jouhaux

1879 – 1954
Secrétaire général CGT · Président fondateur FO · Prix Nobel de la Paix

Entré dès l'âge de 16 ans à la manufacture d'allumettes d'Aubervilliers, Léon Jouhaux est porté à la direction confédérale en 1909. Pendant près de quatre décennies, il s'impose comme le gardien intransigeant de la Charte d'Amiens face aux périls politiques successifs.

Résistant à la subordination envers l'Internationale communiste en 1922, artisan majeur des accords Matignon en 1936, il subit l'arrestation et la déportation sous l'Occupation. Devant l'emprise partisane sur la CGT d'après-guerre, il accomplit l'acte fondateur de rupture le 19 décembre 1947.

Élu président de la nouvelle confédération CGT-FO en avril 1948, son autorité morale consacre le transfert direct de la légitimité d'Amiens vers Force Ouvrière. Son combat pacifique internationaliste est couronné par le Prix Nobel de la Paix en 1951.

Charte d'Amiens OIT Prix Nobel 1951 Fondateur FO
« Défendant sans cesse les principes de la Charte d'Amiens, qui prônent l'indépendance syndicale vis-à-vis des partis politiques, de l'État et des Églises. »
— Vocation historique de Léon Jouhaux
Filiation directe : En rompant les amarres pour préserver l'autonomie du mouvement ouvrier, Jouhaux a érigé la Charte en statut perpétuel de Force Ouvrière.

Robert Bothereau

1901 – 1985
1er Secrétaire général de la Confédération FO (1948–1963)

Salué historiquement pour avoir eu « le courage d'accepter la scission » salvatrice, Robert Bothereau coordonne les Groupes des amis de FO dès 1946. Faisant front avec Léon Jouhaux en décembre 1947, il devient le maître d'œuvre logistique et le véritable bâtisseur de l'organisation.

Au cours de ses quinze années de secrétariat général, il consolide l'ossature des fédérations, instaure une rigueur de gestion exemplaire et ancre durablement l'identité de FO dans un réformisme constructif et farouchement indépendant.

Scission 1947 Bâtisseur FO Indépendance
« Robert Bothereau eut le courage d'accepter la scission pour sauver l'indépendance syndicale. »
— Mémoire militante confédérale

André Bergeron

1922 – 2014
Secrétaire général de la Confédération FO (1963–1989)

Ouvrier typographe, André Bergeron incarne durant plus d'un quart de siècle un syndicalisme contractuel puissant et respecté. Sous son mandat, Force Ouvrière conquiert une place centrale dans la fondation et la gestion paritaire des grands régimes de protection sociale (UNEDIC, retraites complémentaires).

Défenseur indéfectible de la négociation de branche et du paritarisme autonome contre les velléités de tutelle publique, il concrétise avec éclat la double vocation d'Amiens : faire aboutir les revendications immédiates tout en consolidant l'édifice social.

Paritarisme Sécurité sociale Négociation collective
« FO est le seul syndicat français libre et indépendant à l'égard du patronat, des gouvernements et des partis politiques. »
— Ligne directrice affirmée par André Bergeron
Documentaire & Analyse

L'Histoire de la Charte d'Amiens en Vidéo

Découvrez les enjeux, les débats houleux et la portée historique du vote confédéral de 1906 à travers ce document visuel immersif.

L'esprit d'Amiens est une pratique au quotidien

Au sein de chaque Comité Social et Économique (CSE), dans chaque négociation d'accord d'entreprise, les délégués FO traduisent ces principes fondateurs en actes concrets au service exclusif des salariés.