
Le Salaire : Plus d’un Siècle de Luttes, un Combat Toujours Actuel pour FO !
Apparu au Moyen Âge, le salaire est devenu, depuis plus d’un siècle, le socle incontournable de la vie des travailleuses et travailleurs. Mais attention : cette conquête sociale n’est jamais acquise ! Le mouvement syndical, avec Force Ouvrière en première ligne, doit le défendre encore et encore contre toutes les attaques qui visent à l’affaiblir et à réduire le pouvoir d’achat.
Le salaire, c’est bien plus qu’une simple rémunération : c’est la reconnaissance de notre travail, la garantie de notre dignité et la clé de notre autonomie. Le laisser s’éroder, c’est laisser s’éroder nos droits.
Aux Racines du Salaire : Une Longue Histoire de Droits Conquis
Du « Salarium » Romain au Salariat Médiéval : Premières Formes de Rétribution
Le mot « salaire » tire son origine du latin « salarium », qui désignait la rétribution en sel donnée aux légionnaires romains – leur solde militaire. C’est au XVe siècle que le mot « salaire » apparaît dans notre langue, suivi par le terme « salariat » au début du XIXe siècle.
Au Moyen Âge, la notion de salaire était déjà présente sous diverses formes :
- Jusqu’à onze formes de salariat et sous-salariat existaient dans le monde des artisans.
- La majorité de la population active était composée de paysans (serfs, libres, métayers, petits propriétaires), qui étaient soit autosuffisants, soit payés en nature.
L’Ère Industrielle : Le Salaire, Pilier du Monde du Travail
C’est avec l’apparition du prolétariat, né de la révolution industrielle, que le salaire s’est véritablement imposé comme mode de rémunération dominant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- En 1789, la France comptait seulement 400 000 ouvriers.
- Ce chiffre grimpe à 1,2 million en 1848.
- Pour atteindre 3 millions en 1881.
Cette transformation profonde a fait basculer la société vers le salariat généralisé :
- En 1830, moins de 50 % de la population active était salariée.
- En 1936, ce taux atteint 62 %.
- Et en 2000, le salariat concerne plus de 90 % de la population active. Une véritable révolution sociale !
Bâtir la Protection Salariale : Les Grandes Victoires du Mouvement Syndical
1804 : Le Code Civil, Premier Jalon d’un Droit en Construction
La première officialisation juridique du salaire en France trouve sa source dans le Code civil napoléonien de 1804. Il s’agit de son article 1710, qui instaurait le « louage d’ouvrage » :
« Le louage d’ouvrage est un contrat par lequel l’une des parties s’engage à faire quelque chose pour l’autre moyennant un prix convenu entre elles. »
Cependant, il faudra attendre de longues années de mobilisation syndicale et politique pour que le contrat de travail et un véritable Code du travail voient le jour.
Le Code du Travail (1910) et les Conventions Collectives (1919) : Des Armes Indispensables !
Dès 1890-1893, une poignée de députés progressistes, soutenus par les prémices du mouvement syndical, tente d’imposer un cadre législatif protecteur. Mais la résistance fut forte. Il faudra toute la ténacité des militants pour que ces avancées deviennent réalité :
- La loi sur le Code du travail, incluant le contrat de travail, ne sera votée qu’en 1910 !
- Les conventions collectives, outils essentiels de la négociation et de l’amélioration des conditions de travail, suivront en 1919.
Code, contrat et conventions : ces trois piliers sont indispensables à la fixation et à la protection du salaire. Sans eux, le rapport de force serait totalement déséquilibré au détriment des travailleurs.
L’Évolution du Salaire : Conquêtes et Attaques Incessantes
De la Paie en Liquide à la Mensualisation : Une Justice Progressivement Imposée
Les modes de paiement du salaire ont également évolué, souvent grâce aux revendications syndicales :
- Au départ, l’ouvrier était payé soit à la pièce, soit à l’heure.
- Puis, la paie à la quinzaine s’est généralisée, obligeant les travailleurs à faire la queue au bureau du comptable pour toucher leur maigre paie en liquide.
- Alors que l’employé et l’agent de maîtrise bénéficiaient déjà d’une mensualisation, celle-ci, accompagnée de l’obligation d’avoir un compte en banque pour éviter le paiement en liquide, ne se fera que progressivement entre 1969 et 1978 pour tous les salariés.
Un rappel important : dans nombre de pays aujourd’hui, les travailleurs continuent à être payés en liquide en fin de journée, soulignant l’importance de ces acquis.
Le SMIC : Un Bouclier Social sous le Feu des Attaques Libérales
La bataille pour un salaire minimum est l’une des plus emblématiques de l’histoire sociale française. Force Ouvrière a toujours été en première ligne pour défendre et améliorer le SMIC :
- En 1950, le gouvernement instaure le SMIG (Salaire minimum interprofessionnel garanti).
- Deux ans plus tard, il sera indexé sur l’inflation, une mesure cruciale pour le pouvoir d’achat !
- Malheureusement, cette échelle mobile des salaires disparaîtra en 1982, une décision aux conséquences lourdes.
- En 1970, le SMIG est transformé en SMIC (Salaire minimum interprofessionnel de croissance) par Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre.
- Pire encore, les « coups de pouce » au Smic, tant attendus et nécessaires pour améliorer le pouvoir d’achat, disparaissent autour des années 2006-2007.
La situation actuelle est alarmante : aujourd’hui, près de 2,2 millions de Smicards peinent à joindre les deux bouts. C’est un chiffre qui nous rappelle l’urgence de nos combats !
Force Ouvrière : Gardiens des Droits, Artisans des Salaires de Demain
Arthur Groussier : Un Militant Visionnaire, un Héritage pour FO
L’histoire du salaire est jalonnée de figures emblématiques. Parmi elles, Arthur Groussier (1863-1957), un militant dont l’action résonne encore avec les valeurs de Force Ouvrière :
Secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie de 1891 à 1893, puis député de Paris du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de 1893 à 1902, Arthur Groussier a infatigablement poussé au vote de la loi sur le Code du travail (1910), comprenant le contrat de travail, nécessaire pour encadrer et protéger les salaires. Son engagement est un exemple pour nous tous.
Notre Engagement : Défendre Chaque Salaire, Chaque Travailleur !
Les attaques contre le salaire, le pouvoir d’achat et les droits des travailleurs sont constantes. C’est pourquoi la lutte syndicale de Force Ouvrière reste plus que jamais essentielle. Nous sommes les héritiers de ces combats passés et les artisans des victoires futures. Nous ne lâcherons rien pour garantir des salaires justes et dignes pour toutes et tous !
Cet article est tiré de la revue « L’inFO militante », le bimensuel de la confédération Générale du Travail Force Ouvrière. Consulter les articles pour rester informés et mobilisés.
Christophe Chiclet, Journaliste à L’inFO militante



