
Le 1er Mai : Un Cri de Colère Unitaire pour le Retrait de la Réforme !
Le 1er mai, traditionnellement fête du Travail, s’est transformé cette année en la treizième journée nationale d’action contre une réforme des retraites injuste et brutale. À Paris, les militants de Force Ouvrière ont affiché une détermination inébranlable : obtenir le retrait pur et simple de cette réforme imposée par le 49-3.
Ce qui indigne, c’est l’absence totale de considération pour des dossiers cruciaux, laissés de côté : la pénibilité au travail, la dégradation des conditions d’emploi, les fins de carrières épuisantes ou encore le maintien en emploi des seniors. Autant de sujets explosifs qui auraient dû être pris à « bras le corps » en amont. Les paroles des militants dans les cortèges sont sans appel.
Les AESH en première ligne : « Cette réforme, c’est de la maltraitance ! »
Dans le cortège parisien unitaire, la colère de Sabah est palpable. Accompagnante d’élèves en situation de handicap (AESH) en Seine-Saint-Denis, elle exprime sa fureur non pas avec un « dispositif sonore portatif » cher aux arrêtés préfectoraux, mais avec une passoire usagée, tapée résolument d’une cuillère.
« Cette réforme, c’est de la maltraitance pour les AESH ! J’ai 45 ans, j’aime mon métier. Mais, dans les conditions actuelles, je ne vois pas du tout comment je pourrai poursuivre jusqu’à 64 ans. Je suis déjà épuisée. »
Sabah, qui se remet d’un burn-out, n’est pas un cas isolé. Sa collègue, Louisa, 62 ans, devra, elle, travailler au-delà de 64 ans pour espérer une retraite décente. Elles dénoncent ensemble des conditions de travail intenables :
- Des salaires misérables : 850 euros net pour 26 heures, obligeant à cumuler des vacations à la cantine pour « joindre les deux bouts ».
- Un manque criant d’effectifs AESH, poussant à la mutualisation des postes.
- Certaines collègues accompagnent jusqu’à dix enfants sur plusieurs établissements, une charge de travail inhumaine.
Pour elles, les priorités absolues sont claires :
- La titularisation des AESH.
- La revalorisation urgente des salaires.
- Le recrutement massif à la hauteur des besoins réels.
« Le gouvernement vit dans un monde parallèle… »
La pénibilité au travail ignorée : « Le gouvernement a fait les choses à l’envers ! »
L’urgence était de prendre en compte et de compenser la pénibilité au travail. Or, cette réforme n’apporte aucune réponse concrète sur ce sujet essentiel. Patricia et Christophe, délégués syndicaux nationaux FO chez Sodexo et Compass, sont catégoriques : les salariés de la restauration collective sont écœurés.
« Le gouvernement a fait les choses à l’envers ! »
Ils pointent du doigt l’inadaptation totale des critères d’évaluation de la pénibilité à leur métier, notamment pour les gestes répétitifs et la polyvalence. Leur colère est d’autant plus vive face à la suppression en 2018, sous la pression patronale, de quatre critères d’exposition (dont celui sur les postures pénibles), jugés alors « trop complexes » par l’exécutif.
« Il fallait prendre le dossier à bras le corps. »
Christophe rappelle également la suppression autoritaire et cumulative, via les ordonnances Macron de 2017, des CHSCT (comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), pourtant acteurs majeurs de la prévention et de la santé au travail. Une « simplification » qui a des conséquences dramatiques.
Même son de cloche chez Fabrice, employé au rayon fruits et légumes d’un hypermarché Auchan de l’Essonne, où il assure la mise en rayon de 4h du matin à midi. Inquiet des suppressions d’emplois dues à l’automatisation dans la grande distribution, il martèle :
« Dans ce contexte, travailler plus longtemps, c’est de l’incantatoire. »
Ce délégué syndical FO, qui a participé à douze journées de mobilisation, incarne la résistance quotidienne.
L’Hôpital Public en Danger : « La réforme de trop »
Mélissa, infirmière dans un centre hospitalier de l’Essonne, a fait les treize journées de mobilisation. Pour elle et la quinzaine de ses collègues venues manifester à Paris, cette réforme est inacceptable.
« Cette réforme des retraites, c’est la réforme de trop. »
La priorité des priorités pour l’hôpital public est claire : le recrutement massif. Il faut des ressources à la hauteur des besoins pour sauver un système de santé à bout de souffle. Mélissa dénonce :
- Les déprogrammations constantes d’opérations, faute de personnel.
- Le silence assourdissant des pouvoirs publics sur cette réalité dramatique.
Malgré tout, l’optimisme est de mise. La militante FO, qui a organisé depuis janvier 18 actions (tractages, blocages), constate :
« Le mouvement de contestation n’est plus porté par les seuls travailleurs. Face au déni de démocratie, il est devenu citoyen. »
La Mobilisation ne Faiblit Pas : Toutes les Générations Unies
La preuve de cet élan citoyen ? La présence d’anciens toujours aussi militants, comme Gilbert, 72 ans, retraité de La Poste. Sur son casque blanc, un message percutant :
« Macron, tu nous prends 2 ans de vie. »
Sa détermination est intacte :
« Il n’est pas normal qu’un homme décide seul, contre le peuple, les députés. Je manifesterai jusqu’au retrait. »
Prochain Rendez-vous : Le 6 Juin, Tous dans la Rue !
L’intersyndicale a d’ores et déjà annoncé une nouvelle journée d’action commune, de grèves et de manifestations le 6 juin prochain. Ce sera la 14e journée de mobilisation depuis janvier, un nouveau temps fort pour exiger le retrait définitif de cette réforme. Force Ouvrière sera présente, plus que jamais !
ELIE HIESSE, Journaliste à L’inFO militante



