
Prime PEPA : Une aumône aléatoire quand FO exige des salaires dignes et pérennes !
Cette année encore, les employeurs auront la possibilité d’octroyer une Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat (PEPA) défiscalisée. Pour l’exécutif, c’est une façon de « récompenser à peu de frais » les travailleurs dits de la « deuxième ligne », particulièrement exposés aux risques sanitaires.
Plutôt qu’une prime aléatoire qui ne sera pas versée avant plusieurs mois, Force Ouvrière revendique sans relâche une revalorisation pérenne et significative des emplois, des conditions de travail et des salaires. Nous demandons également une hausse substantielle du Smic, et pour le secteur public, l’ouverture rapide d’une négociation salariale !
La PEPA 2021 : Une promesse qui se fait attendre et ses limites
Le 15 mars dernier, lors du sommet social, le Premier ministre annonçait en grande pompe la reconduction pour 2021 de la Prime Exceptionnelle de Pouvoir d’Achat (PEPA). L’objectif affiché : cibler les travailleurs de « deuxième ligne », ces héros du quotidien souvent oubliés, exposés aux risques sanitaires, cumulant bas salaires et conditions de travail difficiles. Qui sont-ils ? Des caissiers, agents de nettoyage, conducteurs, aides à domicile… qui ont tenu le pays à bout de bras durant le premier confinement.
Pourtant, près de deux mois plus tard, ces principaux intéressés n’ont toujours rien vu venir. Et pour cause ! Ce n’est que le 28 avril que le gouvernement a daigné présenter aux interlocuteurs sociaux les modalités de ce dispositif.
- Qui est éligible ? Tous les salariés gagnant moins de trois fois le Smic.
- Quel montant ? Jusqu’à 1000 euros, entièrement défiscalisés et exonérés de cotisations sociales.
- Un bonus ? Le plafond peut être porté à 2000 euros si l’entreprise ou la branche s’engagent formellement à des actions de valorisation des travailleurs de la deuxième ligne ou si un accord d’intéressement est en vigueur.
Mais ne nous y trompons pas : les salariés devront encore s’armer de patience. Le projet de loi de finances rectificative intégrant ces dispositions ne sera déposé qu’à l’été. Et le gouvernement précise : ce n’est qu’à partir de ce dépôt que le dispositif pourra être appliqué, avec un effet rétroactif. La prime pourra être versée jusqu’à début 2022. Autant dire que l’urgence n’est pas au rendez-vous !
Pire encore : rien n’est joué ! Le versement de cette prime reste soumis au bon vouloir de l’employeur. Tous les bénéficiaires potentiels ne la toucheront pas, ou du moins pas dans son intégralité.
Pour rappel, l’an dernier, la prime PEPA avait été perçue par 6,2 millions de salariés, pour un montant moyen de 460 euros. En 2019, on comptait 5 millions de bénéficiaires pour une prime moyenne de 458 euros. Des miettes, loin d’une véritable reconnaissance.
FO dénonce un « effet d’annonce » et exige une revalorisation durable
Zaïnil Nizaraly, secrétaire général de la fédération Feets-FO, ne mâche pas ses mots. Il dénonce un effet d’annonce sans suite concrète de la part du gouvernement. Il a d’ailleurs écrit aux chambres patronales des secteurs du nettoyage et de la prévention-sécurité pour exiger le versement de la prime à l’ensemble des salariés. Sa réponse est toujours attendue.
« Cette prime défiscalisable, sans cotisations et proratisable, alors que ces travailleurs sont pour beaucoup à temps incomplet, versée inégalement et souvent au contraire du niveau d’exposition ne saurait servir de solde de tout compte. »
– Zaïnil Nizaraly, secrétaire général de Feets-FO
Si tout complément de salaire est toujours bon à prendre, la confédération FO est claire : nous revendiquons une revalorisation pérenne des emplois, des conditions de travail et des salaires des métiers de la deuxième ligne. Nous exigeons un Smic à 80% du salaire médian, soit 1450 euros net !
Pour rappel, en 2021, le gouvernement s’est contenté d’une revalorisation mécanique du salaire minimum, soit un misérable +0,99% (+15 euros). Une insulte au travail et à l’engagement !
La mission gouvernementale : un constat sans action concrète
L’été dernier, le chef de l’État s’était engagé à revaloriser les métiers de la deuxième ligne. Le ministère du Travail a lancé à l’automne une mission pour établir le nombre de travailleurs concernés et leur situation. Les conclusions ont été rendues le 12 mars, juste avant la conférence sociale.
Ses auteurs ont identifié près de 4,6 millions de salariés, soit 17 familles de métiers relevant de 15 branches, qui ont été particulièrement exposés au risque sanitaire et qui ont continué à travailler durant le premier confinement. On y retrouve :
- L’industrie agroalimentaire
- Les conducteurs de véhicules
- Les employés de boulangerie, de stations-service
- Les ouvriers du bâtiment, etc.
Ces travailleurs indispensables ont aussi pour point commun de connaître des conditions de travail plus difficiles que la moyenne (temps partiel contraint, horaires de nuit, risques physiques…), et une faible rémunération. Ils touchent en moyenne 12 000 euros par an. Une misère pour celles et ceux qui font tourner le pays !
Reste que certains métiers pourtant éligibles ont été laissés de côté par la mission, comme la restauration collective en prison ou en Ehpad, les salariés des laboratoires de biologie… Une vision partielle qui oublie encore des pans entiers de la réalité.
Négociations de branches : Quand le gouvernement se décharge de ses responsabilités
Le gouvernement a renvoyé la question de la revalorisation de ces métiers à des négociations dans les branches concernées. Ces dernières sont invitées à présenter un calendrier de négociation avant l’été. Les discussions devront porter sur les salaires, les conditions de travail, la formation… Mais là encore, rien de contraignant ! Une belle manière de botter en touche.
« Alors que FO est la première organisation syndicale dans le commerce alimentaire, nous n’avons jamais été sollicités ni sur la mission, ni sur une négociation pour revaloriser ces métiers. »
– Carole Desiano, secrétaire fédérale FGTA-FO en charge de la grande distribution
Avant le lancement d’une nouvelle négociation, Carole Desiano demande au gouvernement d’étendre en temps et en heure les accords déjà signés par le passé dans la branche. La réalité est accablante :
- L’accord sur les salaires négocié en juin 2019 n’a été étendu qu’en décembre 2020 !
- L’accord sur les salaires de 2020, négocié début 2021, n’a toujours pas été étendu !
La secrétaire fédérale déplore également que l’extension, quand elle se fait, ne soit que partielle, excluant des droits fondamentaux comme le paiement du temps de pause et la gratification de fin d’année.
« Le drame, c’est que l’absence d’extension prive d’une hausse de pouvoir d’achat la moitié des salariés du secteur, qui ne sont pas embauchés par des grands groupes mais par des indépendants. Voilà toute la considération du gouvernement pour ces salariés. Nous sommes ouverts à la discussion avec le ministère et la branche, mais il faut consolider ce qui existe déjà. »
– Carole Desiano
L’aide à domicile : Une lutte acharnée pour un rattrapage salarial de 14%
Dans le secteur de l’aide (aux soins) à domicile, après plusieurs années de négociation, un avenant (43) à la convention collective prévoyant une augmentation moyenne des salaires de 14% a été soumis à signature en mars 2020. Il a été paraphé par la FNAS-FO.
« Pour nous, il s’agit surtout d’un rattrapage. Actuellement, près de la moitié des salariés du secteur sont sous le Smic et le tassement de la grille réduit les écarts entre les diplômés et non-diplômés. »
– Isabelle Roudil, secrétaire fédérale chargée de l’aide à domicile à la FNAS-FO
Malgré cette avancée, l’accord n’a toujours pas été agréé par la Direccte. La ministre déléguée à l’Autonomie Brigitte Bourguignon a promis son agrément avant la fin mai 2021, pour une application au 1er octobre 2021.
« Tant que ça ne sera pas acté, nous serons dans le doute. Et derrière, il faudra encore attendre l’extension de cet accord pour qu’il puisse s’appliquer à tous les salariés. »
– Isabelle Roudil
Par ailleurs, la plupart des structures associatives d’aide à domicile n’ont plus de fonds propres et dépendent financièrement des conseils départementaux. Or, certaines de ces collectivités préviennent déjà qu’elles n’auront pas les moyens de faire face à une hausse de salaire. Pour 2022, le gouvernement s’est engagé à prendre en charge 70% de la hausse de rémunération, mais cette part tombera à 50% dès 2023 ! Une aide à durée limitée et insuffisante.
Déjà, pour ces raisons financières, le versement de la prime PEPA en 2020 a été très inégale sur le territoire.
La militante insiste aussi sur les conditions de travail déplorables dans le secteur, qui entraînent de graves difficultés de recrutement. Une négociation a été lancée au niveau de la branche sur le développement des emplois et compétences, mais « ça brasse surtout du vent, on ne touche pas au cœur du problème, on n’en attend rien », poursuit-elle.
Mais la lutte paie ! Ce 5 mai, à Laval (Mayenne), une cinquantaine de salariées de l’aide à domicile, en grève, ont obtenu une régularisation de ce qui leur était dû : une majoration pour le travail du dimanche et la compensation du coût de l’entretien de la blouse.
« Malgré tout, la résistance et la lutte, ça paie pour faire



