
Cyril Herbin : Un Parcours Engagé, une Révolution Syndicale chez Coca-Cola France
À la FGTA FO, nous mettons en lumière les parcours de nos militants, ces femmes et ces hommes qui incarnent l’engagement au quotidien. Aujourd’hui, nous vous présentons Cyril Herbin, un délégué syndical central dont la trajectoire illustre parfaitement la nécessité d’un syndicalisme renouvelé, combatif et exhaustif, même au sein d’un géant comme Coca-Cola European Partners France.
Coca-Cola France : De l’Ascension Fulgurante aux Nouveaux Défis
La Conquête du Marché Français : L’« American Way Of Life » en Bouteille
À son arrivée chez Coca-Cola, l’entreprise était bien plus qu’une marque : c’était LA Marque. Une période où, selon la formule de Voltaire, « tout allait bien dans le meilleur des mondes possibles ».
- À la fin des années 80, les Américains, insatisfaits de la distribution par Pernod-Ricard, rachètent l’intégralité des embouteilleurs français (à l’exception notable des Corses).
- C’était une démarche inédite : la Coca-Cola Company s’engageait directement dans l’embouteillage et la distribution, elle qui se contentait jusque-là d’envoyer son concentré fabriqué grâce à la formule secrète (7X) depuis Atlanta.
- Le constat était sans appel : en 1989, la France était l’avant-dernier pays industrialisé en termes de consommation « per capita » (nombre de bouteilles de 20cl consommées par an), juste devant le Portugal. Inacceptable pour l’icône de l’American Way Of Life !
La réaction fut à la hauteur de l’enjeu :
- Déploiement d’une artillerie lourde : des centaines d’embauches.
- Un colonel de l’armée américaine nommé PDG de la nouvelle structure.
- Des plans de croissance gargantuesques, symbolisés par cette anecdote :
Quand Bill Hoffman, le PDG, vit pour la première fois la Tour Eiffel, il déclara à son staff : « c’est là-haut que je veux une enseigne lumineuse… »
Quand le Marché Se Transforme, la Vigilance Syndicale S’impose
Depuis, l’entreprise a connu une croissance quasi constante. Mais le vent tourne :
- Depuis 4 ans, une désaffection mondiale des Colas est palpable.
- Le monde change, les jeunes générations « zappent » dans tous les domaines.
Face à ces mutations, la conclusion de Cyril Herbin est sans appel : la vigilance syndicale n’en est que plus nécessaire.
Cyril Herbin : Du Treillis au Syndicalisme, un Parcours Engagé
Une Formation Militaire au Service de la Rigueur
Avant de rejoindre le monde civil, Cyril a servi 6 années comme sous-officier de l’armée de l’air. Une expérience formatrice :
- Il y a appris la rigueur et l’art du commandement.
- Il a aussi compris que « l’autorité ostentatoire et légitimée par un grade fait obéir mais ne fait pas adhérer à un projet. »
Fort d’un Bac électronique bonifié par un BTS en candidat libre, il se lance dans la vie civile, « moins cadrée, tout aussi hiérarchisée mais d’une lecture plus compliquée. »
L’Éveil de la Conscience Syndicale chez Coca-Cola
Cyril intègre Coca-Cola, curieux de découvrir les méthodes de travail américaines. Il met à profit ses compétences logistiques dans l’entretien préventif et curatif de milliers de matériels : vitrines réfrigérantes, distributeurs automatiques, fontaines…
Après quelques années, l’envie de nouveaux défis le saisit. L’opportunité de gérer une centaine de techniciens à Paris le retient. C’est là que sa conscience syndicale s’éveille :
« C’est là que certains comportements de l’entreprise m’ont interpellé : malgré des résultats en constante hausse, la répartition et le partage des richesses me semblaient minimalistes. »
Les « grandes messes » annuelles avec buffets et paillettes ne masquaient pas l’essentiel : le numéraire, point ou peu. Les augmentations devaient être arrachées, l’employeur préférant un système de primes, jugé insatisfaisant par Cyril.
C’est dans ce contexte que la proposition d’un délégué syndical FO de se présenter sur ses listes trouve un écho profond.
Force Ouvrière : La Révolution du Syndicalisme Exhaustif
Les Limites d’un Ancien Monde Syndical (Avant 2008)
Fraîchement élu en 2001, Cyril Herbin constate rapidement le statisme des organisations syndicales de l’époque. Avant la loi de 2008, c’était le règne des « effets de manches » sans grand intérêt pour les salariés.
- Les cinq organisations historiques « jouaient aux syndicalistes », entre rodomontades et avantages réservés.
- Les élections ? Une réélection tacite. Un véritable « YALTA non exprimé » partageait le territoire national, garantissant un pacte de non-agression… mais sans aucun bénéfice pour les salariés.
Cyril se forme et devient Délégué Syndical Central, mais reconnaît qu’il partageait alors les mêmes ambitions limitées que ses prédécesseurs.
La Loi de 2008 : Le Tremplin vers un Syndicalisme de Terrain
L’arrivée de la loi de 2008 sur la représentativité fut un véritable séisme :
« Là où il suffisait d’être mandaté, il fallait maintenant obtenir l’adhésion des salariés, c’était effrayant et enthousiasmant à la fois. »
Un nouveau chapitre s’ouvre pour FO chez Coca-Cola. Cyril constitue une équipe conquérante, parvenant à faire exister l’organisation qui, dans l’ancien « YALTA », n’avait qu’une « portion congrue ».
FO Cadres : Une Vision pour TOUS les Salariés !
Une nouvelle prise de conscience s’impose à Cyril : il se souciait uniquement des employés/ouvriers, alors que leur nombre baissait et que trois OS se les disputaient.
C’est en s’ouvrant à Dejan Terglav, Secrétaire Général de sa fédération, qu’il est orienté vers Eric Peres, Secrétaire Général de FO Cadres, une organisation dont il ignorait l’existence.
Dès lors, la mutation est en marche :
- Vers un syndicalisme exhaustif, dans l’intérêt de TOUS les salariés (à l’exception des cadres dirigeants).
- Une véritable « révolution culturelle » à tous les échelons : au sein des fédérations, parmi les élus, et surtout chez les Cadres et Agents de Maîtrise.
Pour beaucoup, ce positionnement est perçu comme « le Grand Soir » plutôt qu’une négociation technique et prospective sur :
- L’évolution du travail.
- L’emprise de la digitalisation.
- L’évolution boursière du capitalisme moderne qui écrase les masses salariales, y compris celle des cadres.
La nécessité de représentants du personnel à la limite de la professionnalisation n’est pas encore comprise, et encore moins acceptée.
Maîtriser les Enjeux pour Ne Pas Être le Pigeon !
Cyril dénonce une vision trop superficielle de l’engagement syndical :
- Se protéger.
- Aimer les gens, organiser des événements festifs.
- « Bosser moins ».
Mais certainement pas « se taper des textes rébarbatifs où se joue l’avenir des conditions de rémunération de tous les salariés. »
« Quand on ne maîtrise pas les enjeux d’une négociation, c’est comme à une table de poker : tu ignores qui est le pigeon ? Alors c’est que c’est toi ! »
Heureusement, l’investissement paie. Malgré l’aspect parfois ingrat de la technicité des dossiers, Cyril observe l’intérêt et la fierté de ses élus :
- Ils se rendent compte qu’avec un petit investissement intellectuel, ils maîtrisent ces dossiers.
- Ils sont fiers, surtout lorsqu’ils constatent que ce n’est pas le cas des autres formations syndicales, et parfois même pas de la direction !
C’est là que réside la force de Force Ouvrière : « Notre chance, en tout cas dans notre entreprise, c’est que les autres ne font pas cet effort. Puisse-t-ils rester dans les bras de Morphée pendant que nous terminons notre métamorphose. »




