
Coca-Cola suspend sa « refranchisation » en Afrique : Victoire d’étape ou simple pause stratégique ?
C’est une nouvelle qui a retenti hier dans le monde de l’embouteillage et qui mérite toute notre attention. La Coca-Cola Company, géant mondial des boissons non alcoolisées, a annoncé la suspension de son plan de « refranchisation » concernant Coca-Cola Beverages Africa (CCBA), son principal embouteilleur sur le continent africain. Une décision qui, à première vue, pourrait sembler positive, mais que Force Ouvrière analyse avec la plus grande vigilance.
Qu’est-ce que la « refranchisation » et pourquoi est-ce une menace ?
Ce projet, lancé en 2016, visait à céder les activités de fabrication et de distribution de Coca-Cola. L’objectif avoué ? Permettre au groupe de se « concentrer sur son cœur de métier » et, bien sûr, de booster ses marges. Pour les travailleurs, cette stratégie est loin d’être un gage de stabilité :
- Elle implique souvent des restructurations, des cessions d’actifs et, inévitablement, des incertitudes pour l’emploi.
- Les nouveaux repreneurs peuvent remettre en question les acquis sociaux et les conditions de travail existantes.
- C’est une manière pour les multinationales de se décharger de leurs responsabilités directes envers les salariés.
« Tout en restant déterminé à mener un processus de refranchisation, nous pensons qu’il est dans le meilleur intérêt de toutes les parties prenantes que Coca-Cola continue à détenir et mener les opérations de CCBA. »
Cette déclaration de la société, rapportée par Reuters, sonne comme une pirouette. Si Coca-Cola affirme agir dans le « meilleur intérêt de toutes les parties prenantes », Force Ouvrière s’interroge : quels sont réellement ces intérêts ? S’agit-il d’une véritable prise de conscience de la responsabilité sociale de l’entreprise ou d’une simple difficulté à trouver des repreneurs aux conditions souhaitées ? Rappelons que des noms comme Coca-Cola European Partners (CCEP) et Coca-Cola Hellenic Bottling Company avaient été envisagés.
L’Afrique, un enjeu stratégique et social
Le continent africain est un marché en pleine croissance, et CCBA y joue un rôle majeur. Fondé en 2016, il est le fruit d’un regroupement des activités d’embouteillage de SABMiller, Coca-Cola et Gustche Family Investments. Cette consolidation montre l’importance stratégique de la région pour le groupe. La suspension de la « refranchisation » signifie que, pour l’instant, Coca-Cola Company conserve la main sur ces opérations.
C’est une opportunité pour les syndicats locaux et internationaux de maintenir la pression et d’exiger des garanties concrètes pour les milliers de salariés africains qui contribuent chaque jour à la richesse de cette multinationale.
Des milliards de dollars, des vies en suspens
Pendant que les stratégies de désinvestissement se dessinent, les chiffres d’affaires de Coca-Cola continuent de grimper. Sur le premier trimestre 2019, la Coca-Cola Company a réalisé un revenu net de 8 milliards de dollars. Un chiffre colossal qui contraste fortement avec l’incertitude planant sur les emplois et les conditions de travail des salariés concernés par ces manœuvres financières.
Pour Force Ouvrière, il est inacceptable qu’une entreprise affichant de tels profits puisse envisager de se désengager de ses responsabilités sociales au nom de la « concentration sur le cœur de métier » et de l’optimisation des marges. La richesse doit être partagée et ne pas se faire au détriment des travailleurs.
FO Reste Vigilante : Nos Revendications
Face à cette annonce, Force Ouvrière réaffirme son engagement et sa vigilance. Nous exigeons :
- Le maintien de l’intégralité des emplois et des sites de production en Afrique.
- La préservation et l’amélioration des conditions de travail, des salaires et des acquis sociaux.
- Une transparence totale sur les futures stratégies du groupe et leurs impacts potentiels.
- Le respect du dialogue social et la consultation des représentants du personnel à chaque étape.
- Que la responsabilité sociale des entreprises (RSE) ne soit pas un vain mot, mais une réalité concrète pour tous les salariés.
Cette suspension est peut-être une victoire d’étape, mais la lutte pour la défense des droits des travailleurs continue. Force Ouvrière sera toujours aux côtés des salariés de Coca-Cola Beverages Africa pour s’assurer que leurs intérêts soient réellement pris en compte, au-delà des discours de façade.



