
Tours, le 5 février – Le XXIIIe Congrès de Force Ouvrière bat son plein à Tours, et cette quatrième journée est marquée par une activité frénétique et déterminante. Alors que des centaines de militants s’attellent à l’élaboration des résolutions qui guideront notre confédération, le Secrétaire général, Jean-Claude Mailly, a délivré un discours percutant, réaffirmant les principes fondamentaux de FO face aux défis sociaux et économiques actuels.
Au Cœur de l’Action : L’Élaboration des Résolutions Confédérales
Depuis 15h ce jeudi, des centaines de militants travaillent sans relâche à la rédaction des textes qui formeront les axes revendicatifs de Force Ouvrière jusqu’au prochain congrès. Un travail dense et de longue haleine, qui se prolongera jusque tard dans la nuit.
- Répartis au sein de quatre commissions, les délégués ont jusqu’à 23h30 pour construire ces résolutions.
- La commission de la résolution générale mobilise 340 militants.
- 200 camarades œuvrent à la résolution protection sociale.
- La résolution sociale est le fruit du travail de 180 délégués.
- Et fait singulier, 40 délégués planchent sur la résolution outre-mer dans la salle « igloo » du Palais des congrès !
Cette journée capitale a également vu les 3 117 délégués du congrès démarrer tôt. Au menu de la matinée : le vote crucial des 2 100 délégués disposant de mandats sur les rapports d’activité et de trésorerie de l’organisation. Un vote qui pèse lourd, puisque les 2 969 mandats représentent pas moins de 9 533 voix. Les résultats seront annoncés en séance plénière dès demain, vendredi 6 février.
Jean-Claude Mailly : La Voix de l’Indépendance et de la Démocratie Syndicale
L’intervention du Secrétaire général, Jean-Claude Mailly, a captivé l’assemblée, répondant aux 163 interventions des délégués. Un moment fort, soulignant la vitalité démocratique de notre organisation.
FO, un Modèle de Démocratie Interne
Jean-Claude Mailly a salué la libre expression des militants, y voyant le signe d’une belle pratique de « liberté et de démocratie » au sein de FO. Il a rappelé avec force que Force Ouvrière ne fonctionne pas sur une logique de motions ou de courants politiques, mais sur des principes d’indépendance et de respect des statuts.
« Il n’y a pas de gourou à FO », se plaisait ainsi à souligner Marc Blondel. Quelques années avant lui, Robert Bothereau indiquait de son côté qu’il y a « des minoritaires mais pas de minorités à FO ».
Ces paroles résonnent comme un rappel essentiel de notre identité syndicale : des militants libres et indépendants.
Solidarité Internationale : FO au Front Global
Le Secrétaire général a souligné les liens fraternels entre FO et les syndicats du monde entier, se félicitant de nos points de vue communs sur de nombreux dossiers cruciaux.
- La Secrétaire générale de la CSI (Confédération syndicale internationale), Sharan Burrow, a rappelé la prochaine action internationale du 18 février pour la défense du droit de grève.
- La CES (Confédération européenne des syndicats), par la voix de Bernadette Ségol, a réitéré la condamnation du pacte de responsabilité, synonyme d’austérité accrue pour les salariés français.
- FO soutient activement la demande de la CES pour un plan de relance économique européen de 280 milliards d’euros sur dix ans.
- Des liens étroits unissent FO aux syndicats espagnols et marocains, notamment le soutien aux militants de l’UMT pour la création d’une représentation syndicale à l’usine Renault de Tanger.
« Ce qui est en jeu, ce sont les conditions de la mondialisation. Or le travail de FO, c’est d’assurer le respect des droits des travailleurs. »
Une lutte essentielle contre le dumping social dans le transport routier et les effets nocifs de traités comme le TTIP, qui « accorde aux multinationales des droits exorbitants sur les États ».
Face aux Attaques : Le Refus du « Dialogue Social » Piégé
Jean-Claude Mailly a consacré une large part de son intervention à la critique du « dialogue social », une formule devenue « générique » et souvent dévoyée.
Décryptage du « Dialogue Social » : Une Formule aux Multiples Dangers
Le Secrétaire général a regretté que ce concept englobe tout et n’importe quoi, allant de la négociation à la tentative d’intégration des syndicats à des mesures néfastes pour les salariés. La position de FO est claire :
« Il faut afficher les revendications et garder sa liberté. »
Cette distinction est fondamentale pour préserver notre indépendance et la spécificité de la démocratie sociale, distincte de la démocratie politique.
Le Pacte de Responsabilité et le CICE : FO ne Cède Pas !
FO participe au comité de suivi du CICE, ce qui a permis d’obtenir des chiffres éclairants sur cette mesure qui a bénéficié aux entreprises à hauteur d’environ 110 milliards d’euros d’aide publique cumulée.
En revanche, la position de FO sur le pacte de responsabilité est sans équivoque :
« FO ne participe pas aux réunions afférentes au pacte de responsabilité. C’est ça notre liberté de comportement et notre indépendance. Nous n’avons pas deux discours. »
Un rappel fort de notre cohérence, comme l’absence de FO à la conférence sociale de printemps l’an dernier.
Loi Macron : Une Casse Sociale Inacceptable
Le projet de loi pour la croissance et l’activité, dit « Loi Macron », est une source majeure d’inquiétude et de contestation pour Force Ouvrière. Jean-Claude Mailly a dénoncé les « arlésiennes » des procédures de consultation syndicale qui ne sont pas respectées.
Ce projet de loi est une attaque frontale contre les droits des travailleurs et le modèle social :
- Il menace les emplois des salariés dans les professions réglementées.
- Il vise à imposer davantage de flexibilité à travers une réforme des plans sociaux (PSE).
- Il propose une exonération du forfait social pour les PME, au risque de déréguler.
- Il induit un développement du dumping social en assouplissant la législation du transport par autocar.
- Il remet dangereusement en cause la justice prud’homale au profit d’une justice professionnelle, alors que 80% des saisines proviennent de TPE sans présence syndicale.
- Il cherche à banaliser le travail du dimanche en augmentant le nombre de dimanches travaillés à douze, niant le prétendu « volontariat ».
La négociation sur la modernisation du dialogue social, « une vraie tarte à la crème », est également un échec, notamment à cause de la volonté patronale de supprimer les CHSCT. Une ligne rouge que FO ne franchira jamais !
« Qui peut croire, par exemple, qu’une organisation syndicale va accepter la suppression du CHSCT ?! C’est la volonté patronale du Medef et rien que cela est inacceptable. Cela veut dire que pour la première fois l’on remettrait en cause le monopole du syndicat dans la négociation ! »
Face à ceux qui nous accusent de conservatisme, Jean-Claude Mailly a martelé :
« Nous sommes des réformistes militants. Quand le compromis obtenu est bon, on signe », comme pour la formation professionnelle ou l’Assurance chômage.
Pour une République Sociale : Services Publics et Action Syndicale
Force Ouvrière réaffirme son attachement indéfectible aux services publics républicains, garants de l’égalité des droits. Ces services sont aujourd’hui gravement menacés.
Défense des Services Publics et de l’Égalité Territoriale
Les lois et réformes successives (RGPP, HPST…) organisent une austérité budgétaire suicidaire, entraînant :
- La disparition d’emplois publics.
- La dégradation des conditions de travail des agents.
- La désertification des territoires ruraux.
La décentralisation et les projets de redécoupage territorial menacent également la cohésion sociale, avec la perspective de la disparition des conseils généraux. Jean-Claude Mailly s’interroge :
« Qui va s’occuper, par exemple, de la gestion du RSA ? »
Une réforme territoriale qui pourrait induire un Code du travail variant d’une région à l’autre, ce qui serait « la fin de la République sociale ».
La Seule Réponse : Développement et Action !
Pour faire face à ces attaques, FO a une responsabilité historique. Le Secrétaire général a appelé à un développement syndical massif dans tous les secteurs, publics et privés :
« Il faut être présent encore plus et être plus nombreux encore. »
Mais au-delà de la présence, c’est l’action qui doit primer pour « contrer cette austérité suicidaire » et « redonner de la visibilité et de la confiance aux travailleurs ».
« Pour faire bouger l’État, il faut passer à l’étape supérieure, déjà par une grève interprofessionnelle dans le cadre d’une action commune. Pour redonner de la visibilité aux travailleurs et leur redonner confiance, il nous faut donner le la, montrer notre détermination et ensuite jouer la partition à plusieurs. »
Le message est clair : Force Ouvrière est prête au combat. L’avenir de nos droits et de notre modèle social dépend de notre mobilisation et de notre unité.



