10 questions, 10 réponses
Collègues, la direction de Coca-Cola Entreprise ose nous proposer une "augmentation" de 1,5% pour 2005, alors que l'inflation prévisible est de 1,8% ! Ce n'est pas tout : l'employeur manipule l'intéressement et la participation, nous privant de nos primes. C'est l'heure de nous faire entendre pour défendre notre pouvoir d'achat et nos droits face à ces pratiques inacceptables.
Qu’est-ce que la NAO?
C’est l’abréviation de Négociation Annuelle Obligatoire. La loi impose aux employeurs de négocier chaque année les salaires, car la libre concurrence modifie les prix d’achat et de vente, et ces augmentations sont appelées inflation. Donc les salaires ont un pouvoir d’achat en baisse.
- L’employeur n’est pas obligé de conclure une négociation par une augmentation des salaires, mais les syndicats sont aussi libres de ne pas signer un accord qui baisse le pouvoir d’achat des salariés. Et les salariés sont libres aussi de réclamer par pétition ou de montrer en débrayant leur volonté de ne pas travailler à perte.
Est-il vrai que les salariés de Dunkerque chez CCP ont eu l’an dernier une prime pour atténuer la fonte de leur intéressement?
- La masse globale d’intéressement + participation avait été réduite à 6%. Coca-Cola a compensé, après négociation, cette perte pécuniaire en accordant 700 Euros brut. Mais il a fallu que les salariés des trois équipes complètes montrent leur mécontentement en débrayant. Chez CCE, la masse globale intéressement + participation pour 2004 serait encore inférieure à celle de Dunkerque en 2003.
Pourquoi proposons-nous sur les différents établissements de Coca-Cola Entreprise un questionnaire composé de deux questions?
- Parce que, pour la première fois de son histoire, Coca-Cola finance et veut continuer à financer une partie des dividendes versés aux actionnaires et des remises faites aux clients en diminuant notre pouvoir d’achat.
Les deux questions que vous posez dans le questionnaire ne sont-elles pas simples ou évidentes?
- La première question n’est que la propre proposition de l’employeur aux syndicats: 1% à la signature d’un accord (donc pas de versement si pas d’accord) et 0.5% à la rentrée. Au total, une « augmentation » de 1.5% alors que l’inflation prévisible annoncée serait de 1.8% en 2005. Les syndicats peuvent-ils accepter? Evidemment non, mais Coca-Cola ose le proposer.
- La deuxième question n’est que la demande faite à cette négociation salariale. Et l’employeur a répondu en ne disant rien: tout un programme!
Qu’avez-vous réclamé lors de la négociation annuelle obligatoire?
- Nous avons réclamé ce que nous avons publié dans le dernier « Quelles Nouvelles ». Nous avons réclamé une augmentation générale supérieure à l’inflation ainsi qu’une prime conséquente suite à l’intéressement de 2004 que nous n’aurons pas alors que les résultats donnent un pourcentage positif. Nous avons aussi formulé des revendications permettant d’améliorer les situations des différentes populations. Nous ne pouvons que nous réjouir que d’autres syndicats les reprennent pour la plupart. De toute façon, ces revendications ne sont que celles que les salariés formulent le plus souvent et dont nous nous sommes fait l’écho haut et fort.
Est-il vrai que l’intéressement non versé représente la moitié des économies faites fin 2004 par Coca-Cola Entreprise?
- Le non versement de la prime d’intéressement en 2004 a permis à l’employeur d’améliorer l’Operating Income, c’est-à-dire la balance des recettes et des dépenses qui permet à Coca-Cola de calculer ses gains financiers. Et cela va continuer en 2005 puisque l’intégration de l’intéressement dans la masse globale avec la participation va annuler le versement du peu de chiffre d’intéressement gagné. Et pour 2005, Coca-Cola Entreprise propose aux syndicats de signer un accord faisant reculer le salaire de base de 0.3% par rapport à l’inflation prévisible de 1.8%.
Coca-Cola Entreprise a-t-il trompé les syndicats avec l’intégration de l’intéressement dans une masse globale avec la participation?
- Il faut malheureusement oser dire oui. Au moins objectivement. On a dit aux syndicats: « La participation va arriver, faiblement, mais elle va progressivement monter. On ne peut pas vous verser les deux car on ne maîtrise pas les bénéfices reversés en participation. C’est pourquoi nous voulons limiter le cumul des deux à un chiffre raisonnable, conforme à ce que vous avez perçu précédemment en intéressement. » Cela a marché plus ou moins, sauf en 2004 où la participation prévisible faible sera supérieure à l’intéressement encore plus faible. Donc les deux primes intéressement + participation ne s’additionnent plus dans la masse globale. Il ne reste plus que la participation. L’intéressement gagné disparaît. On connaissait le coup du lapin blanc qui apparaît dans le chapeau noir. Maintenant, on connaît le coup de la prime d’intéressement qui, mise dans le chapeau de l’employeur, disparaît définitivement. On peut même vous révéler un scoop: quand l’employeur revient en coulisse, il trouve la prime dans sa poche.
Est-il vrai que les syndicats refusent de signer un nouvel accord d’intéressement 2005-2006-2007 avec la participation et l’intéressement liés dans une masse globale?
- C’est effectivement la position que notre syndicat a affirmé publiquement et les autres en sont aussi conscients. Si on regarde les chiffres intéressement + participation des années antérieures, on s’aperçoit que la moyenne des deux, si nous les avions perçus tous les deux, n’aurait été que de 11.42%, soit un chiffre inférieur au seul intéressement de 1999.
| année | intéressement | participation |
|---|---|---|
| 1999 | 12,2 | 2,3 |
| 2000 | 10,44 | 0,56 |
| 2001 | 11,31 | 1,76 |
| 2002 | 3,13 | 2,9 |
| 2003 | 9,12 | 3,5 |
- La législation permet de limiter les versements de l’intéressement avec un pourcentage maximum. La subtilité de la « limitation » spéciale où l’intéressement s’intègre à la participation, c’est, à l’expérience, que si les chiffres de progression sont supérieurs à l’objectif fixé, la prime d’intéressement ne coûte quasiment rien à Coca-Cola Entreprise, et que si les chiffres sont très inférieurs, l’intéressement gagné n’est de toute façon pas payé. Il y a là un jeu connu: « Pile tu gagnes, face je perds ». Nous ne voulons plus jouer à ce jeu.
Coca-Cola Entreprise devrait-il verser une prime conséquente suite à la prime d’intéressement 2004 que nous n’aurons pas?
- Si l’employeur était sincère et qu’il a découvert lui aussi à l’expérience qu’il jouait au jeu cruel que nous avons décrit, oui, il le devrait moralement. La seule chose que l’on sait, c’est qu’un employeur qui doit donner de l’argent pour obtenir quelque chose discute ferme avant de donner le moindre centime. « Je suis prêt à acheter tes produits, mais je te mets en concurrence avec un autre, et si tu me fais une baisse de 6%, je te choisirai comme fournisseur. » Le problème est que les salariés ne sont pas en concurrence puisqu’ils sont liés par contrat de travail et que, parfois, pour qu’on les regarde, ils doivent montrer leur face de mécontentement.
Suffit-il de voter lors des élections professionnelles pour avoir des négociations qui aboutissent à des accords satisfaisants?
- Les élections professionnelles permettent effectivement aux salariés de choisir parmi les listes des candidats, celles en qui ils font confiance: les oeuvres sociales, l’organisation du travail, la défense en cas de convocation à un entretien préalable, l’amélioration des conditions de travail, l’élimination des risques hygiène et sécurité, c’est beaucoup, mais ce n’est pas tout. Et les salariés le savent. Ce qui amène de l’argent, les accords salariaux et les accords d’intéressement, sont essentiels au maintien de leur pouvoir d’achat. Si le salarié est obligé de réduire le choix et la qualité de sa nourriture parce qu’il ne gagne pas assez, il va altérer sa santé et sa force de travail. Et les médicaments et les arrêts pour maladie, s’ils permettent de mettre un frein à cette altération physique et psychologique, ne mettent pas du beurre dans les épinards. Voter pour des candidats qui savent négocier, c’est important. Mais osons le dire: il faut parfois aussi que les salariés appuient les syndicats qui veulent que les accords ajoutent du beurre dans les épinards. Aujourd’hui, l’employeur veut le beurre et l’argent du beurre. Avec les syndicats, il faut parfois que les salariés osent dire non.
- Augmentez les salaires, pas les horaires.
