
Aux origines de notre liberté : les 120 ans de la Charte d’Amiens
Véritable boussole du syndicalisme libre, la Charte d’Amiens célèbre cette année ses 120 ans. Texte fondateur adopté massivement le 13 octobre 1906 lors du IXe Congrès de la CGT (par 830 voix pour, 8 contre et 1 blanc), il scelle à tout jamais le principe fondamental de l’indépendance syndicale.
Chez Force Ouvrière, cette indépendance n’est pas une simple formule d’usage : elle est inscrite dans notre ADN, moteur de la création de notre Confédération en avril 1948 pour refuser toute inféodation politique. Aujourd’hui encore, nous l’appliquons sans concession !
« L’indépendance syndicale vis-à-vis de toute structure ou influence extérieure est une nécessité et la condition indispensable à la représentation et à la défense efficace et permanente des droits et intérêts matériels et moraux des travailleurs. »
« Libres et indépendants » : une règle de conduite quotidienne
Lors de son dernier congrès confédéral à Dijon, Force Ouvrière a réaffirmé avec force son attachement viscéral aux préceptes d’Amiens. Être libre, c’est refuser la tutelle :
- Du patronat et des logiques financières ;
- De l’État et des gouvernements successifs ;
- Des partis politiques et des doctrines partisanes ;
- Des religions et des groupes d’influence philosophiques.
Pour FO, le mandat est limpide : liberté syndicale, liberté de négociation et droit de grève sont indissociables pour faire plier le rapport de force et porter les légitimes revendications des salariés du secteur public comme du secteur privé.
Une règle d’or pour chaque militant
La Charte pose une ligne de démarcation claire et émancipatrice : chacun dispose de sa liberté absolue de conscience et de vote à titre individuel. En contrepartie ? On laisse ses convictions politiques ou confessionnelles à la porte du syndicat. L’action revendicative directe prime sur tout le reste !
« Afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas à se préoccuper des partis et des sectes. »
1906 : Un contexte de braise et de conquêtes sociales
Cette indépendance farouche ne s’est pas construite en vase clos. Elle s’est forgée au cœur des tempêtes historiques et sociales de l’année 1906 :
- L’écho de la laïcité : Votée le 9 décembre 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État insuffle ce puissant besoin de neutralité institutionnelle.
- Le contre-exemple étranger : En Allemagne comme en Angleterre, la tutelle des partis politiques (SPD, Labour) fragilise l’action ouvrière, parasitée par des querelles politiciennes.
- Le drame de Courrières : Le 10 mars 1906, la mort atroce de 1 099 mineurs déclenche une vague de grèves massives mobilisant plus de 60 000 travailleurs. Face à une répression sanglante menée par Georges Clemenceau, la solidarité de classe arrache d’immenses victoires : des augmentations de salaire et l’instauration du repos hebdomadaire obligatoire le 13 juillet 1906.
Un combat d’une brûlante modernité
Face aux tentatives de récupération politique – hier le courant guesdiste, plus tard les dérives de la CGTU inféodée à Moscou –, les artisans de la Charte d’Amiens, Victor Griffuelhes et Émile Pouget, ont tracé notre chemin : celui d’un syndicalisme de négociation, libre et déterminé.
Plus d’un siècle après, Force Ouvrière continue de brandir haut et fort ce flambeau. Hier, aujourd’hui comme demain, pour défendre nos salaires, nos conditions de travail et nos retraites : place à l’action syndicale pure, libre et indépendante !



