Publié par Cyril

Le Comité National Fédéral est l’instance la plus large de la FGTA-FO entre deux Congrès. Ses membres se sont réunis le 20 octobre à la Confédération FO pour témoigner de l’actualité dans leur entreprise, faire des propositions sur le développement de l’organisation, et bien sûr assister au rapport d’activité du secrétaire général, Dejan Terglav.

Un rapport d’activité marqué par la crise sanitaire et le pouvoir d’achat

Dans son rapport d’activité, Dejan Terglav a tenu à témoigner du plaisir de retrouver enfin en présentiel les délégués après la longue période de crise sanitaire. Il a insisté sur l’importance du rôle joué par le CNF et invité les élus à renouveler leur candidature pour le prochain mandat : « C’est ici que se joue au cours d’un mandat le rôle démocratique d’une Fédération. »

Dejan Terglav a salué le travail des équipes durant la pandémie. Pendant cette période d’incertitude, les syndicats ont rempli leur rôle au service de la sécurité des salariés (revendications sur les masques, le gel, les Plexiglas de protection, etc.) et, pour les secteurs considérés par le Gouvernement comme non prioritaires, les négociations sur l’activité partielle afin de limiter les inquiétudes sur l’emploi.

Pour le secrétaire général, cette crise a été révélatrice de l’effort à fournir par les branches professionnelles pour développer l’attractivité des secteurs couverts par la Fédération. De nombreux salariés ont changé de secteur, voire de vie, surtout dans les métiers peu rémunérateurs aux conditions de travail difficiles. Il a fustigé l’attitude des employeurs qui n’ont pas tiré les leçons de cette crise et se plaignent aujourd’hui du manque de main-d’œuvre. Dejan Terglav a aussi rappelé les nombreux décès liés au virus et invité les camarades à la prudence face au Covid.

« Pour la FGTA-FO, maintenant que le plus dur de la crise sanitaire est passé, la priorité, ce sont les salaires. Nos branches professionnelles font partie des plus mal rémunérées.

Je remercie la participation record des adhérents de la FGTA à la journée du 5 octobre qui avait pour thème central cette revendication (ainsi que le niveau des pensions de retraite). Je regrette toutefois le manque de participation des citoyens non syndiqués à cette mobilisation. Comment ne peut-on pas se sentir concerné(e) au moment où les inégalités s’accroissent comme jamais, que les prix flambent comme ceux de l’essence ? Le manque de révolte est surprenant. »

Dejan Terglav a ensuite averti les participants sur le coût de la crise. Si les employeurs n’augmentent pas les salaires, comment va-t-on payer la dette qui ne manquera pas de retomber sur le dos des salariés ?

« À la suite de la hausse du SMIC, le Premier ministre nous a demandé d’écrire aux branches pour négocier les salaires. Il était temps qu’il s’en soucie. La FGTA l’a fait. Ça commence à payer mais pas partout. Dans l’agroalimentaire, la production a été plus élevée que jamais, les profits battent des records mais on ne constate quasiment aucun partage de cette valeur.

Quand les salariés sont payés au minimum, comment se contenter de revendiquer seulement le montant de l’inflation ? » Le secrétaire général a donc appelé les élus à revendiquer fort, « c’est le moment d’obtenir de vraies avancées. Pour des raisons politiques, le Gouvernement pousse sur les salaires avant les élections, à nous d’en profiter ! »

Dejan Terglav a bien sûr abordé sur le prix de l’énergie. Le Chèque transport pour les plus bas revenus, est une bonne idée, mais la question des seuils reste problématique. Le salarié qui va travailler doit pouvoir payer son essence ! Cela passe par la prime transport revendiquée par FO et surtout les salaires.

Le secrétaire général a témoigné de sa confiance envers les délégués FO et les secrétaires fédéraux : « Je suis sûr que l’on va obtenir de fortes augmentations ».

En parlant de victoire syndicale, Dejan Terglav a évoqué la décision du Conseil d’État sur le salaire minimum hiérarchique dans la Grande distribution qui devra bien prendre en compte le 13e mois et la rémunération des temps de pause. Il a tenu à remercier la Confédération pour son soutien dans ce dossier primordial pour le pouvoir d’achat.

Dejan Terglav a rappelé que de nombreuses équipes de la FGTA sont en grève (Maison Burtin, Pomona, Bergams, Labeyrie, Agis, etc.) parfois longues : « La FGTA est à leurs côtés, sur le plan juridique, la communication, le financier. On doit être visible. On soutiendra tous les camarades en lutte. Là où l’on peut obtenir sans grève, il faut négocier, mais quand la négociation ne passe pas, il faut se mobiliser plus durement. »

Enfin, le secrétaire général a invité les membres du CNF à s’inscrire massivement au Congrès de Caen (21 au 24 juin 2022) et à diffuser le message au sein de leurs équipes : « C’est un moment crucial de la vie fédérale pour établir la feuille de route du prochain mandat. »

En conclusion de ce riche rapport d’activité, Dejan Terglav a rendu hommage à Gérard Fossé, secrétaire général de la FGTA-FO de 1972 à 1994, récemment décédé : « Gérard Fossé a façonné la FGTA-FO telle qu’elle est aujourd’hui. Nous lui devons tous beaucoup et regretterons ses bons conseils. »

Les interventions des membres du CNF

Samir Taoui, Danone Produits Frais France :

« Nous avons mené des négociations compliquées sur un PSE dans le groupe Danone, le plan Local first. On n’est jamais satisfaits d’un PSE mais on peut se satisfaire des mesures que l’on a pu obtenir. Notre travail de négociation et d’information (avec le concours des services juridique et communication de la Fédération) a été fortement reconnu par les salariés, puisque nous avons fait une nouvelle implantation dans les sièges.

La digitalisation de la carte syndicale doit rapidement devenir une réalité. Notre présence sur les réseaux sociaux est aussi une voie impérative pour accroître notre représentativité chez Danone, cela nous a fait avancer très vite dans notre développement et notre information. »

Éric Villecroze, Sodexo

« Dans la restauration collective, avant la crise sanitaire, on était des métiers de l’ombre. Pendant, tout le monde a salué notre travail. Après la crise, stupeur, les négociations de salaires n’ont pas du tout été à la hauteur de l’engagement des salariés et de tout le battage médiatique fait sur les salariés de la 2e ligne qui ont aidé à faire tourner le pays. Au niveau de la branche, on a revendiqué avec des points forts. Avec l’appui de la FGTA, on a créé des groupes de travail avec des revendications précises et complètes. On a été le seul syndicat à le faire. On a été crédibles devant les décideurs. Malgré cela, les discussions avancent à pas de souris. 18 mois que c’est le désert, on gère la précarité et la misère, des salariés qui choisissent de ne pas payer leur loyer pour nourrir leurs enfants. Quand les entreprises parlent de difficultés, de dividendes en baisse, clairement on n’est pas dans la même réalité.

On a subi des PSE, et maintenant on manque de bras. Il faut produire un effort sur l’attractivité, sur la formation. Les salariés sont méprisés, réduits au simple rang d’exécutant. On est au XXIe siècle, il serait temps de changer de mentalité ! »

Jean-Marc Robin, Carrefour Market

« Il y a 10 ans, Carrefour faisait du commerce, maintenant on a basculé dans la finance. Notre PDG a trouvé un levier pour dégager des dividendes, la location-gérance (LG), c’est-à-dire l’économie sur le coût du travail.

Quand un magasin passe en LG, tous les droits négociés au niveau du groupe sont perdus, on retombe aux minima de la branche. Il y a 15 mois de survie des accords. La perte d’intéressement et de participation fait mal au pouvoir d’achat des salariés. En intégré, chez Market, les salariés ont perçu 1 800 euros de prime. Pour ceux en LG, c’est 0.

Market, c’est 1 000 magasins. Aujourd’hui, il n’y a plus que 261 intégrés. Chaque magasin, c’est 50 salariés en moyenne. On nous dit que la LG sauve nos emplois et que l’on devrait les remercier !

Cette perte d’acquis est bien sûr assortie d’une perte sur la représentation du personnel. Les périmètres ne sont plus les mêmes, les délégués plus exposés.

La LG n’existe qu’en France. Notre combat, c’est de négocier des accords de substitution pour préserver certains droits. À ce jour, nous n’avons pas de réponse de la Direction à nos questions. FO a donc décidé de boycotter les réunions. »

Nadine Denuault, Sièges Carrefour

« Chez Carrefour, nous assistons à une dégradation constante des conditions de travail au profit de la rentabilité. Des pointeuses sont là pour quantifier notre rendement. Le nouveau Directeur est arrivé. En pleines vacances, le projet TOP a été mis en place sans consultation. Cette nouvelle méthodologie est néfaste sur le plan des TMS. FO est intervenu pour protéger la santé des salariés. Grâce à notre intervention, des agencements et des formations ont été financés pour limiter l’impact du projet. La polyvalence forcée sans information des CSEC. FO est vigilant et ne laisse rien passer, notamment sur le principe « à travail égal, salaire égal. »

Sur les conditions de travail, FO déplore que les salariés qui partent soient remplacés par des contrats aidés. Les absences ne sont pas remplacées. De plus, il n’y a plus d’évolution sans passer par l’« école des leaders ». Nous ne sommes pas dupes. Derrière ces projets de polyvalence, Carrefour prépare les salariés à la location-gérance. »

Pascal Le Cadre UD 56, Bernard Jean Floc’h

« La question du pouvoir d’achat est une priorité. Notre société trouve tous les prétextes pour ne pas redistribuer la valeur ajoutée. La vidéo surveillance des salariés a été tentée, FO a combattu ce projet illégal. On fait face à des projets de mise en place d’un SMIC agroalimentaire. On se bat pour développer notre représentativité et assurer la défense des intérêts physiques et moraux des salariés. C’est ce combat qui nous a permis de construire des acquis sociaux. »

Cyril Herbin, Coca-Cola

« Je tiens tout d’abord à rendre hommage à notre ancien secrétaire général aujourd’hui décédé, Gérard Fossé. Chez Coca-Cola, les restructurations ont eu un fort impact sur la vie familiale, professionnelle et syndicale. FO a réussi à infléchir les projets de la Direction sur la mise en place de nouveaux ateliers avec des experts de la FGTA. Par ailleurs, nous poursuivons nos implantations sur ces nouveaux sites.

Sur les sites industriels, la polyvalence augmente la charge de travail et le stress, et balaye les classifications. Pour les collègues non éligibles au télétravail, FO demandera la mise en place de la prime transport.

Enfin, je tiens à remercier l’ensemble des services de la FGTA-FO pour nous avoir soutenus pendant la pandémie ».

Isabelle Sabard, Carrefour Hypers

« Avec la location-gérance, d’agir pour ne pas subir, on est passés à agir pour ne pas mourir. Le nombre de magasins intégrés ne cesse de diminuer. Pour soutenir les équipes FO et les salariés concernés, on a créé le syndicat FO LG et Franchisés. On a travaillé la communication et l’information (guide, logo, fiches repères, affiches) et multiplié les réunions sur le terrain. Notre objectif principal est de travailler sur des accords de substitution pour que les salariés puissent conserver un maximum de droits après la période de 15 mois. Nous faisons des formations sur les accords de méthodes et les accords de substitution.

On a aussi produit un agenda qui va être massivement distribué à tous les salariés. Enfin, l’application smartphone va être lancée pour informer au plus vite les salariés. »

Alain Wanègue, Lactalis

« Chez Lactalis, FO était à 8,5 % de représentativité sur 5 sites, désormais nous sommes à 17 % sur 18 sites. Je remercie le service communication de la FGTA et les chargés de missions pour cet accompagnement dans le développement. J’émets le vœu de mettre en place un outil fédéral de suivi du développement semblable à celui que nous avons utilisé chez Lactalis et basé sur la cartographie et les statistiques. Ce modèle devrait permettre un meilleur maillage du territoire pour un travail en commun au niveau fédéral reposant sur la solidarité et le réseau. Cet outil est une véritable nécessité. »

Nathalie Denis Supply Chain

« Dans la Supply Chain du groupe Carrefour, 4 points de productivité ont été gagnés aux dépens des TMS chez les salariés.

Du point de vue social, les rythmes de travail ne sont plus tenables. On nous demande toujours plus avec des moyens toujours réduits. Le redressement des comptes de Carrefour aurait dû permettre d’améliorer les conditions de travail des salariés. Au lieu de cela, des nouveaux plans d’économie sont à l’étude. La Direction nous trouvera sur sa route si elle persiste dans ces projets. »

Dominique Riera, avocat-conseil de la Fédération, a proposé une intervention « Regard prospectif sur les enjeux sociaux et juridiques des récentes évolutions du Code du travail ».

« Il faut utiliser la loi santé et la loi climat pour agir sur les conditions de travail, les salaires et la formation syndicale. La question du climat est portée par la jeunesse. Le Code du travail nous donne les outils pour s’en emparer (la négociation périodique obligatoire de l’entreprise, les attributions du CSE, les missions de l’expert-comptable, le contenu de la BDES, la formation des représentants du personnel). À nous de saisir ces opportunités pour défendre les salariés et toucher la jeunesse peu syndiquée.

La loi santé entraîne elle aussi de nombreux changements dans l’activité syndicale (nouvelles obligations en matière d’évaluation des risques, organisation du travail incluse dans le champ de l’évaluation, la QVCT comme nouveau thème de négociation périodique en entreprise, les mesures pour améliorer la formation santé des représentants du personnel). Ces nouveaux outils doivent être pris en compte pour la pesée des postes, la classification, les salaires et bien sûr les conditions de travail. »

La représentativité et la syndicalisation, la FGTA-FO apporte des réponses concrètes

Pour clôturer le CNF, Denis Raguet, secrétaire fédéral, a présenté et interrogé les élus sur les enjeux de la représentativité et de la syndicalisation.

En introduction, Denis Raguet a rappelé les enjeux financiers de la syndicalisation. Les PSE multiples et les départs en retraite ont conduit à un manque à gagner de la Fédération pour financer la vie syndicale. Le travail des équipes pour faire adhérer et multiplier les implantations a permis de combler ce manque, mais il faut poursuivre l’effort pour :

  • Fidéliser les adhérents et les retraités.
  • Développer la syndicalisation auprès des sympathisants, les salariés qui votent pour FO aux élections mais ne franchissent pas le cap de l’adhésion.
  • Faire découvrir le syndicat autrement aux salariés isolés pour, à terme, déclencher l’adhésion.

Les membres du CNF ont été invités à prendre la parole pour exprimer leurs expériences et difficultés à syndiquer :

  • La peur de prendre une carte et que l’employeur le sache et le perçoive mal.
  • Le prix de la carte.
  • Le service rendu par les syndicats sans qu’il y ait besoin d’adhérer. « À quoi cela sert-il d’adhérer puisque je vote FO aux élections et je bénéficie des accords que tu signes sans que j’aie besoin d’adhérer ».
  • Les salariés isolés (TPE ou entreprises sans syndicats) qui sont difficiles à toucher.
  • Les difficultés pour rencontrer les salariés éparpillés sur de nombreux sites.
  • Les trop nombreux protocoles préélectoraux

Denis Raguet a répondu à chacun des intervenants pour évoquer les solutions qui existent à ces problèmes. Sur les arguments financiers et d’utilité qui feraient obstacle à l’adhésion, la Plateforme Avantages (www.avantagespourtous.com) apporte bon nombre de réponses.

Le secrétaire fédéral est revenu sur les élections TPE et le succès de l’opération innovante du PASS Solidarité TPE (accès à la Plateforme Avantages pour les salariés des TPE et isolés gratuit jusqu’à la fin de l’année 2021).

Dans une présentation précise des chiffres clefs de l’élection et des résultats de FO, Denis Raguet a souligné que sur les 4,8 millions de salariés inscrits aux élections TPE, 225 000 salariés seulement ont voté pour un résultat final de 13,84 % pour FO. La participation ne cesse de diminuer depuis la création de ce scrutin.

Pourtant, les résultats ne sont pas mauvais pour toutes les organisations. Il y a donc des bonnes pratiques à évaluer et qui peuvent servir de sources d’inspiration. Pour Denis Raguet, c’est une erreur de considérer les salariés des TPE comme ceux des plus grosses entreprises plus au fait de l’univers syndical. Il faut les aborder différemment, et la Plateforme Avantages constitue un outil idéal pour cela.

Le secrétaire fédéral a donc présenté son analyse des actions menées lors de la campagne TPE, les enseignements à en tirer, et les nombreux projets qui vont être mis en place pour s’appuyer sur les forces de notre organisation et les développer, que ce soit dans les TPE ou les autres entreprises.

Parmi ceux que nous pouvons évoquer, la refonte et les nouveautés de la Plateforme Avantages.

Pour rappel, la Plateforme Avantages est accessible gratuitement pour tous les adhérents de la FGTA-FO via le site internet et l’application mobile dédiée. Elle regroupe tous les avantages dont peuvent bénéficier les adhérents de la FGTA-FO, dont certains qui sont proposés en exclusivité par notre Fédération :

  • La boutique en ligne
  • Le soutien scolaire (Projet Voltaire)
  • Les consultations juridiques gratuites tous les vendredis
  • L’espace famille
  • L’espace emploi et apprentissage
  • La vie syndicale avec le contrat MACIF, l’AFOC, l’action sociale, les actions syndicales, etc.
  • La formation
  • L’espace du Bon et du Bio
  • L’espace bien-être
  • Côté maison
  • Les réductions et offres pour les loisirs et les vacances.
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