Publié par FranceCulture

Des journalistes allemands ont révélé que la présidence roumaine du Conseil de l'Union européenne était sponsorisée par la firme américaine Coca-Cola. Une pratique qui n'est pas nouvelle mais qui jette le doute sur l'influence et le poids des lobbies jusqu'au sommet de l'Union.

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. Crédits : Source : Foodwatch

C’est une nouvelle qui a fait relativement peu de bruit mais Bucarest, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne a choisi parmi ses sponsors officiels la multinationale Coca-Cola.

La firme américaine est même « partenaire platine » de la Roumanie, ce qui la classe parmi les plus généreux donateurs, aux côtés d’entreprises comme Renault, Mercedes-Benz ou encore le géant pétrolier OMV Petrom.

Une pratique qui n’est cependant pas nouvelle. Tous les ans, de généreuses firmes se dévouent à la noble cause européenne et contribuent au financement des évènements liés à la présidence de l’Union. Ainsi, en 2012, Chypre était sponsorisée par l’américain Microsoft. En 2014, c’est la Grèce qui utilisait les véhicules de standing mis à sa disposition par Audi. Rien n’interdit, donc, à une marque de sponsoriser un pays lors de sa prise de fonction.

Il faut dire que la présidence du Conseil de l’Union coûte cher en réceptions et en réunions de travail. D'autant que les institutions européennes n’en assurent pas le financement. L’ardoise, parfois salées, de ces sauteries de qualité, est donc intégralement à la charge des pays hôtes. Les capitales européennes sont donc tentées de faire appel à ces puissants mécènes.

Mais ces parrainages sont généralement assurés, discrètement, sans trop d’effets de manche, ni de publicité. Ce sont ainsi souvent des partenariats avec des marques nationales et des constructeurs automobiles. Et quand on fait appel à de puissantes multinationales, surtout ne pas trop le faire savoir. 

Or c’est justement ce qui a perdu la Roumanie cette année : quelle ne fut par la surprise, en effet, des participants à une réunion de haut vol le mois dernier, de voir l’espace qui leur était réservé, entièrement décoré de fauteuils et de frigos aux armes de la firme américaine. 

A l’entrée, un panneau affirmait glorieusement : « Le système Coca-Cola soutient fièrement la première présidence roumaine du Conseil de l’UE ». Pour le moins fâcheux, quand on sait que cette même présidence clame par ailleurs que « par définition, la Présidence doit être neutre et impartiale durant l’exercice de son mandat ».

L’association de défense des consommateurs, Foodwatch, dénonce même des risques de collusion et de conflits d’intérêts

Oui. D’autant que les dirigeants européens doivent examiner un certain nombre de dossiers alimentaires, parmi lesquels la loi générale d'alimentation, qui fixe les standards sanitaires européens en la matière. Parmi ces points la révision possible de l’étiquetage nutritionnel, auquel Coca-Cola est très fortement opposé.

Une situation d’autant plus préoccupante qu’en 2016, des documents internes de la firme avaient fuités. Documents qui expliquaient point par point la stratégie de Coca-Cola pour riposter aux décisions allant contre ses intérêts. Dans le viseur du géant des boissons : la limitation des publicités pour les boissons sucrées, des restrictions sur la caféine ou même une hypothétique taxe sur le sucre.

L’ONG a donc demandé que cesse immédiatement ce partenariat avec le géant du Coca.  Dans une lettre ouverte adressée à la Première ministre roumaine et au président du Conseil européen, l’ONG estime ainsi que « les conflits d’intérêts et l’influence d’un tel sponsoring par un poids lourd de la malbouffe sont inacceptables » et appelle les institutions européennes à établir des règles claires pour éviter ce type de situation, manifestement problématique.

Elle rappelle surtout que la présence de Coca-cola, symbole absolu du capitalisme tentaculaire, dans ces espaces de pouvoir, jette le doute sur la légitimité des décisions prises par l’Union et « mine encore davantage la confiance des citoyens envers la politique et les décideurs européens ». On ne saurait en effet mieux dire. .

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